L’or recyclé, vertu ou illusion ?
Entre 4000 et 4300 tonnes d’or annuelles, c’est la demande totale dans le monde, tous secteurs confondus, selon le World Gold Council. La joaillerie en consomme à peu près la moitié. L’or recyclé représente entre un quart et un tiers de l’or utilisé. Faut-il le voir comme un progrès ? La réponse est nuancée.
Pourquoi oui ?
Parce que beaucoup d’or reste inutilisé et dort dans les coffres. Une récente étude du cabinet d’audit EY (Ernst & Young & associés) affirme que les ménages français détiennent 4 026 tonnes d’or… soit presque 2 fois les réserves de la Banque de France (2 437 tonnes). Par ailleurs, l’extraction minière a un coût humain et environnemental élevé. L’utilisation du cyanure et du mercure, très nocifs pour les sols et les cours d’eau, la faune et la flore, pèsent lourd dans le bilan lorsqu’ils ne sont pas retraités. C’est le cas des sites d’orpaillage illégal, attisés par la forte demande mondiale d’or et échappant à tout contrôle. A l’autre bout du spectre, de petites mines artisanales certifient un or Fairmined ou Fairtrade, respectueuses de toutes les normes qui s’appliquent à l’extraction minière. Mais elles représentent une quantité négligeable (moins de 1% du marché).
Pourquoi non ?
Le recyclage de l’or permet en principe d’utiliser des méthodes « propres ». Mais si le procédé consomme infiniment moins d’énergie que la production minière, il utilise de hautes températures et des produits chimiques (séparation de l’or et des alliages) dont les rejets ne sont pas neutres. Autre inconvénient, il ne permet pas de tracer l’or depuis la source quand celui-ci est ancien. L’éthique de la production (absence de pollution, de corruption, de conflits armés, d’enfants dans les mines) ne peut donc, la plupart du temps, pas être étayée. Enfin, l’industrie aurifère fait vivre, directement ou indirectement, des millions de personnes (jusqu’à 100 millions d’après PlanetGOLD, le programme mis en place par le PNUE - Programme des Nations Unies pour l’Environnement) pour lesquelles il constitue un revenu essentiel.
Le choix entre extraction minière ou recyclage ne se pose pas, tant les deux sources de production sont complémentaires et indispensables l’une à l’autre. Agir pour étendre la conformité aux normes et garantir une chaîne de valeur responsable est la seule bonne réponse.
